France Culture 3/12/2019
Il est le premier à avoir su imposer la transparence et surtout des règles de déontologie à l’Académie Goncourt. C’est ce qu’explique l’écrivain Pierre Assouline, membre du jury du Goncourt depuis 2012 et ami de trente ans de Bernard Pivot :
Bernard Pivot a énormément lutté contre la rumeur sur la corruption du jury par les maisons d’édition pour l’attribution du prix Goncourt. Il l’a reléguée au rang de légende. Il a oeuvré, il y a une dizaine d’années, pour modifier le règlement. Il est interdit à tout membre du jury d’avoir une activité au sein d’une maison d’édition. Être juge et partie est un conflit d’intérêts qui doit être condamné d’emblée. Et malheureusement, ce n’est pas le cas partout. Il a toujours incarné une indépendance totale par rapport aux maisons d’édition, et cela nous a protégés des pressions, des lobbies et de tout le reste. D’ailleurs, il a eu ce mot un jour, il a dit : ‘jamais le jury Goncourt n’a été aussi indépendant qu’aujourd’hui’.
« Je suis assez fier de certains livres que nous avons couronnés » A la question de son bilan à la tête de cette institution, Bernard Pivot rejette le mot : « On ne peut pas faire de bilan. L’Académie Goncourt n’est quand même pas une entreprise comme une autre. Mais simplement, je pense que je suis, comme mes camarades, assez fier de certains livres que nous avons couronnés. La postériorité dira si nous nous sommes trompés ou si nous avons tapé dans le mille. » Le premier « non écrivain » à la tête de ce cénacle – très fier d’avoir été élu en tant que journaliste – garde « des souvenirs très joyeux, émouvants, d’hommes et de femmes très différents dans leurs conceptions politiques, philosophiques, religieuses, de la vie et qui ont souvent des goûts littéraires très, très différents, mais qui se réunissent avec bonheur autour d’une table pour manger, boire, lire et parler des livres et de littérature« . Il se réjouit d’avoir pu instituer le vote oral, car « autrefois, on pouvait se cacher derrière l’hypocrisie d’un vote écrit. Aujourd’hui, on ne peut plus cacher sa préférence« .
Et de conclure par une pensée pour Proust. Si Dieu existe, par quel lauréat disparu du Goncourt souhaiteriez-vous être accueilli au paradis et qu’aimeriez-vous qu’il vous dise ? lui demande notre journaliste Adrien Toffolet. Réponse :
J’aimerais être accueilli par Proust, puisque c’est le centenaire de son prix Goncourt cette année. S’il est au paradis, d’abord, il doit être en pleine forme. Il ne tousse plus et n’a plus de crise d’asthme. Et je serais heureux de lui dire ‘Mon cher Proust, faisons cette interview que j’ai toujours rêvé de faire avec vous. Malheureusement, je suis arrivé un peu trop tard dans votre vie. Et vous même êtes arrivé un peu trop tôt avant la télévision.