La chronique « Les années Pivot »

LA MONTAGNE le 23/02/2020 par Jean-Claude Lamy

Bernard Pivot a été courriériste au Figaro littéraire et chroniqueur au Figaro avant de devenir l’un des personnages les plus populaires de la télévision. Ses chroniques d’autrefois ont été publiées dans un recueil intitulé La vie oh la la. Dans son essai sur les critiques littéraire (Flammarion, 1968), il se réfère à Jean-Charles Varennes qui avait déclaré : « Je varie ma chronique pour répondre à tous les goûts, à tous les niveaux, à toutes les curiosités ». Ce sera sa manière d’attirer un public en devenant l’homme-orchestre d’émissions telles que « Ouvrez les guillemets », « Apostrophes » et « Bouillon de Culture ».

N’oublions pas qu’avec ses fameuses dictées Bernard Pivot a porté haut la langue française. À l’Académie Goncourt, ce Lyonnais gourmand des mots et des mets, avait le couvert de Colette la Bourguignonne qui mettait en appétit ses lecteurs. Avec de pareils ambassadeurs, les couleurs de la France culturelle flottaient dignement. Je me souviens d’un « Apostrophes » de mars 1975 avec Georges Brassens en compagnie, notamment, des généraux Marcel Bigeard et Georges Buis. Thème de l’émission : « Qu’est-ce que l’esprit militaire ? »

À la question de Pivot : « Et vous, Brassens, vous aimez votre patrie ? », le Sétois libertaire, Grand prix de poésie de l’Académie Française, avait répondu : « Je n’aime pas ma patrie, mais j’aime bien la France ». Deux ans plus tard, le vendredi 11 mars 1977, je suis sur son plateau. C’est le 92e numéro de la célèbre émission d’Antenne 2. Il est intitulé « Vive le roman populaire ! ». Quatre romanciers, Patrick Cauvin, pseudo de Claude Klotz, Michel Déon, Maurice Denuzière et Jean-Edern Hallier sont au programme. Ma présence tient à ma biographie de Gaston Leroux parue à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort.

Me voilà dans la peau de Rouletabille, prêt à découvrir les coulisses d’une émission dont les participants passent devant l’objectif de Louis Monier, le photographe régulier d’Apostrophes. Comme moi d’origines drômoises, il a été mon camarade de classe au Lycée Emile-Loubet de Valence. Ses clichés, développés dans la nuit, se retrouvent le lendemain sur les tables des FNAC où un espace est réservé aux chanceux auteurs et à leurs livres.
Passer « chez Pivot » c’était le rêve de bien d’écrivains comme pour de bons vivants d’avoir une table « chez Bocuse », un autre « monument » de la capitale des Gaules. « Les années Pivot » me ramènent à mon passé avec bonheur. II faut dire enfin que Bernard Pivot, à force de fréquenter les écrivains et de passer ses journées à les lire, en est devenu un lui-même – on sait que ce n’est pas le cas de tous ceux qui écrivent.

Jean-Claude Lamy

https://www.lamontagne.fr/paris-75000/loisirs/les-annees-pivot_13748058/

Commentaires de Bernard Declerck, biographe de Bernard Pivot : précisons que Bernard Pivot ne s’est jamais considéré comme un écrivain mais comme un journaliste qui écrit des livres. La nuance est importante car le très grand succès d’Apostrophes vient en grande partie de ce que Bernard Pivot, ne se prenant pas pour un écrivain, joue d’autant mieux son rôle d’excellent passeur entre les écrivains et le public : voir dans ce blog la rubrique BIOGRAPHIE

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